
Si l’attention est un phénomène complexe, la mémoire l’est tout autant. On distinguerait ainsi cinq types de mémoires différents selon le psychologue Endel Tulving :
Chaque mémoire n’exige pas le même niveau de conscience : les gestes peuvent être tout à fait mécaniques dans la mémoire procédurale, si bien que l’on peut leur superposer une autre activité (pensez au conducteur qui discute avec son passager) là où se rappeler des événements passés peut exiger de nous toute notre concentration.
Si cette multiplicité des mémoires ne suffisait pas à rendre l’étude de l’impact de l’émotion ardue, on doit ajouter que cette émotion peut avoir deux sources :
Les émotions auraient une incidence sur chacun des principaux stades du processus de mémorisation : l’encodage (quand l’information s’inscrit dans notre cerveau), le stockage et la récupération.
Certains chercheurs supposent un effet indirect de la mémoire sur l’encodage via son impact sur l’attention. Par ailleurs, si l’information est en phase avec notre objectif du moment, elle nous apporte une satisfaction voire un plaisir qui favorisent également un bon encodage.
D’autres chercheurs expliquent que les stimuli positifs sont mieux stockés que les stimuli neutres. Et puis une information porteuse d’émotions sera plus volontiers partagée avec notre entourage, ce qui renforcera sa consolidation.
Enfin, des travaux montrent que l’on récupère (on se souvient) bien mieux des événements, des images ou des visages liés à une émotion que lorsqu’ils sont neutres.
En définitive, si les affects associés à une information ou une situation ne sont pas trop intenses (une émotion trop forte va inhiber les stimuli périphériques), ils influenceraient sa catégorisation et son activation dans la mémoire à long terme si bien qu’ils faciliteraient leur rappel a posteriori.
Béatrice Desgranges et Francis Eustache (2011), « Les conceptions de la mémoire déclarative d’Endel Tulving et leurs conséquences actuelles », Rev Neuropsychol vol.° 3(2).
Francis Eustache et al. (2016), Comment les émotions forgent nos souvenirs, Cerveau & psycho vol. 81.
Béatrice Desgranges et al. (2018), « La MEMO : évaluation de l’impact de l’émotion sur la mémorisation d’informations verbales en mémoire épisodique », Rev Neuropsychol vol. 10(3).
Pamela Gobin, Véronique Baltazart, Aurélie Simöes-Perlant et Nicolas Stefaniak, coord. (2021), Émotions et apprentissages, éditions Dunod.
Simon Brazey (2023), « Design émotionnel et multimédia – Questionner l’utilisation du design de matériels pédagogiques pour induire des émotions à but d’apprentissage », thèse présentée et soutenue en vue de l’obtention du doctorat de Psychologie de l’Université Paris Nanterre.
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